dimanche 8 mars 2015

Revue de presse et de blogs hebdomadaire



Revue de presse et de blogs hebdomadaire




Chaque dimanche, l'Ami du peuple souverain vous propose une sélection brièvement commentée des publications de la semaine écoulée touchant les questions de souveraineté nationale.


Hommes politiques


Blogs


Presse

mercredi 4 mars 2015

Comment la Grèce peut sortir de la crise



Sortie de l'euro et défaut partiel : comment la Grèce peut sortir de la crise

A propos d'une tribune parue récemment sur le site des Echos


Par Cochin




La solution pour la Grèce passe par une sortie de l'euro accompagnée d'un défaut partiel

   C'est une excellente analyse de la situation actuelle de la Grèce que livre Jean-Loup Bonnamy sur le site des Echos. Pour lui, seule une sortie de l'euro accompagnée d'un défaut partiel sur sa dette peut permettre au pays de mettre fin à la crise économique qu'il subit de plein fouet. 
   L'auteur part du constat que l'accord entre la Grèce et ses « partenaires » européens implique la renonciation par Tsipras à une bonne partie de ses promesses de campagne. Cette situation n'est pas due à un quelconque reniement du gouvernement grec mais simplement au fait que le rapport de forces dans cette négociation lui était objectivement défavorable. Pourquoi ? Parce que les « partenaires » de la Grèce tenaient le nerf de la guerre : l'argent. Si la Grèce ne cédait pas face à leurs exigences, il était facile de lui couper les vivres, comme la BCE avait déjà commencé à le faire avant même le début des négociations. 
   Dès lors, pour J.-L. Bonnamy, il n'existe qu'une seule solution pour régler le problème de la Grèce : « quand une équation ne peut être résolue, il convient d’en changer les termes pour retrouver des marges de manœuvre. Pour les Grecs, ce changement des termes du problème passe par un défaut partiel sur leur dette et une sortie de l’Euro ».
   L'auteur explique qu'une telle décision aurait « un grand inconvénient et deux grands avantages ». L'inconvénient, c'est que le défaut empêcherait Athènes de trouver pendant un certain temps des financements à l'étranger. Les deux avantages, ce sont la baisse du poids de la dette et la restauration de la compétitivité grecque, grâce à une dévaluation de sa monnaie. Or l'inconvénient n'en est pas vraiment un, puisque l'aide européenne n'est principalement utilisée que pour rembourser les emprunts du pays et qu'elle ne sert par conséquent pas l'économie réelle. Par ailleurs, le fait que le budget grec se retrouve en situation d'excédent primaire (autrement dit, que, si l'on ne prend pas en compte le remboursement de la dette, il se trouve en excédent) fait que l'impossibilité de se financer à l'étranger ne serait pas un véritable problème.

Servir la finance ou défendre les intérêts du peuple ? 

   Contrairement à bien des analyses, qui se placent généralement dans l'ordre de la morale (et plus précisément de la morale capitaliste), la position défendue par J.-L. Bonnamy a le mérite de s'inscrire d'emblée dans le registre politique. Pour l'auteur, le remboursement par un État de ses dettes ne constitue en rien un « devoir » auquel il devrait se soumettre à tout prix. L'Etat n'y est en effet tenu que si ce remboursement est dans l'intérêt de son peuple. 
   Dans la plupart des cas, en remboursant ses dettes, un État a plus à gagner qu'à perdre, étant donné qu'il pourra ainsi à nouveau emprunter tant qu'il en aura besoin. Seulement, la Grèce se trouve dans une situation où le remboursement lui coûte aujourd'hui bien plus qu'il ne lui rapporte. Dès lors, que doit-elle faire ? « Un gouvernement doit toujours agir en fonction des intérêts de son peuple », rappelle J.-L. Bonnamy, et, dès lors, le gouvernement grec ne doit pas sacrifier les intérêts des Grecs à ceux de la finance de marché. 
   Contrairement au raisonnement moral, qui fait du remboursement des dettes un impératif catégorique auquel il faudrait se soumettre quelle que soit la situation, le raisonnement politique pèse les avantages et les inconvénients de chaque décision pour le pays, de manière à agir ensuite en conséquence. Il a donc le mérite de remettre en cause les arguments utilisés notamment par la presse allemande, selon lesquels il n'y aurait aucune alternative à la politique actuelle, même si celle-ci ruine un pays entier. Et lui seul offre une place centrale à l'intérêt général.

La sortie de l'euro et le défaut partiel ne peuvent être envisagés séparément 

   La tribune de J.-L. Bonnamy a enfin pour intérêt de souligner que la sortie de l'euro et le défaut partiel n'auront d'intérêt que s'ils sont réalisés ensemble, et accompagnés d'un certain nombre de réformes importantes (investissement massif, développement des énergies renouvelable, amélioration de l'administration fiscale, lutte contre le clientélisme, recul de l'âge de départ à la retraire, etc.). En effet, dans  le cas d'un simple défaut sans rupture avec la monnaie unique, « la dette annulée sera bien vite reconstituée du fait de l’absence de compétitivité grecque, engendrée par l’euro qui est bien le problème de fond de la Grèce. La cause du problème n'aura donc pas été traitée. 110 milliards d’euros de dettes ont déjà été annulés en 2012 et pourtant le ratio dette sur PIB est actuellement plus élevé qu’avant cette restructuration ».


   Une sortie de l'euro sans défaut partiel rendrait la dette insoutenable, du fait de la dévaluation de la nouvelle monnaie du pays ; un défaut partiel sans sortie de l'euro ne réglerait pas en profondeur les maux dont souffre le pays et les mêmes problèmes se poseraient à nouveau dans quelques années. Ces deux solutions partielles, défendue pour la première par N. Dupont-Aignan et pour la seconde par J.-L. Mélenchon, ne suffiront pas : sortie de l'euro et défaut partiel sur sa dette sont en effet les deux jambes sur lesquelles la Grèce devra se mouvoir pour sortir de l'impasse actuelle.

mardi 3 mars 2015

Pourquoi la démographie allemande est aujourd'hui un problème pour la France



Pourquoi la démographie allemande est aujourd'hui un problème pour la France


Par Cochin




   De manière régulière, l'on peut entendre les hommes politiques ou les médias signaler parmi les principaux points forts de notre pays sa démographie. De fait, l'indice de fécondité français (qui renvoie au nombre d'enfants par femme en âge de procréer) est dans notre pays de 2 quand il n'est que de 1,4 en Allemagne, où sa chute a suivi la mise en place des réformes Schröder (qui, pour cette raison et pour bien d'autres, loin d'avoir été un atout pour ce pays, semblent au contraire en avoir sacrifié l'avenir). 
   Bien souvent, une telle statistique, qui fait de la France un cas assez singulier en Europe, où seule l'Irlande conserve une natalité semblable, est considérée comme un atout pour l'économie française. Celle-ci devrait devrait en effet à moyen terme ne pas avoir les mêmes problèmes que ses voisins au sujet du financement des pensions de retraités de plus en plus nombreux alors même que le nombre des travailleurs baisse.
   Cependant, ce que l'on oublie généralement de signaler, c'est que cette situation est, aujourd'hui et dans l'Europe actuelle, davantage un problème qu'un atout pour notre pays.

Faiblesse démographique et préférence pour l'austérité

   La Tribune a récemment publié des extraits d'une note d'Olivier Passet (Xerfi) à propos de l'influence de la démographie sur les comportements économiques en Allemagne et au Japon. L'étude est intéressante en cela qu'elle remet partiellement en cause l'idée selon laquelle la politique allemande serait avant tout liée à des facteurs culturels (un goût naturel pour l'austérité, « un sérieux et une rigueur toute germanique » diraient même nos élites germanobéates) : pour O. Passet, c'est bien davantage la faiblesse démographique du pays qui explique ses choix en matière économique. 
   Comme le signale l'économiste, les deux régions qui sont aujourd'hui touchées (ou menacées de l'être) par la déflation sont aujourd'hui le Japon et l'Allemagne et la zone euro prise dans son ensemble, c'est-à-dire des régions dont la démographie est particulièrement faible. C'est donc une situation d'atonie démographique qui expliquerait d'abord la forte préférence de ces pays pour l'épargne, un déficit chronique de demande intérieure, un excédent courant massif et la recherche de rendements en dehors de leurs frontières pour asseoir la rente des retraités, avec pour corollaire une tendance déflationniste chronique. 
   Parce que leur population y croit peu voire décroit, ces pays n'ont nullement besoin d'une forte croissance et ont ainsi tendance à privilégier une très faible inflation, de manière à ne pas remettre en cause l'épargne de leurs citoyens. C'est cela qui pousse l'Allemagne a encourager la politique d'austérité que subit la zone euro.

Les conséquences pour la France

   C'est bien entendu d'une toute autre politique dont la France, du fait de sa propre démographie, aurait besoin. En raison de sa natalité combinée à une immigration importante, celle-ci a en effet besoin de favoriser la croissance, les investissements et donc in fine une certaine inflation. 
   Le problème, c'est que notre pays est bien seul en Europe à se trouver dans cette situation. Nos voisins italiens et espagnols sont du point de vue démographique bien plus proches de l'Allemagne que de nous. 
   Cet écart entre les démographies des différents pays européens (et donc entre les mesures économiques qui leur conviendraient) est un des arguments les plus importants contre la mise en place de politiques économiques communes à l'ensemble de la zone euro, qui ne peuvent se faire qu'au détriment de certains. C'est aussi une des raisons les plus fortes pour refuser le fameux « modèle allemand » qui fascine tant à l'UMP, à l'UDI et même au PS.

dimanche 1 mars 2015

Revue de presse et de blogs hebdomadaire



Revue de presse et de blogs hebdomadaire





Chaque dimanche, l'Ami du peuple souverain vous proposera désormais une sélection brièvement commentée des publications de la semaine écoulée touchant les questions de souveraineté nationale.



Hommes politiques


Blogs

  • Coralie Delaume, « L'invention de l'Europe - Emmanuel Todd ». C. Delaume publie ici la préface donnée par Emmanuel Todd à la réédition en 1995 de L'invention de l'Europe. Le caractère prémonitoire de ce texte est tout bonnement impressionnant.
  • Laurent Herblay, « Et si le FN faisait à l’UMP ce que Syriza a fait au PASOK ? ». L. Herblay soutient l'idée que, affaiblie par différents scandales qui touchent en premier lieu son président et soumise à la concurrence du FN, l'UMP pourrait bien subir le sort du PASOK.
  • Jacques Sapir, « L’hypothèse d’un “GREXIT” ». J. Sapir analyse ici les conséquences d'une sortie de l'euro pour l'économie grecque.

Presse et revues en ligne

vendredi 27 février 2015

Quelques mots à propos d'un récent article des Echos sur une sortie de l'euro



Quelques mots à propos d'un récent article des Echos sur une sortie de l'euro


Par Cochin


Un article intéressant et nuancé

   Paul-Adrien Hyppolite et David Amiel viennent de publier dans Les Echos un article cherchant à évaluer le coût d'une sortie de la France de la zone euro afin d'en démontrer l'impossibilité. Cet article, disons-le tout de suite, est d'une qualité bien supérieure à l'atterrant docu-fiction diffusé la semaine dernière sur France 5 et déjà commenté sur ce blog. Les auteurs ont en effet mené avec rigueur et précision un véritable travail de recherches, au contraire de l'émission de France 5, qui fondait uniquement son raisonnement sur les explications de certaines autorités (dont la principale était J. Attali, ce qui en dit long…).
   Les auteurs de l'article admettent par ailleurs sans chercher à les éluder les importants problèmes liés à l'euro, notamment le fait que « dans les années de relative prospérité qui ont suivi sa naissance, il a amplifié les divergences entre les économies européennes » et que « par le maintien d’un taux de change commun élevé [il] a accentué la désindustrialisation de certaines économies au détriment d’autres ». De même, ils rappellent que, une fois la crise déclenchée, la monnaie unique a contraint les Etats « à la dévaluation interne, autrement dit à baisser "à la main" les prix et les salaires au prix de taux de chômage épouvantables et de tensions financières redoutables ».
   Mais selon eux, malgré tous ces problèmes, une sortie de l'euro n'est pas souhaitable du fait des multiples difficultés qu'elle engendrerait. Les arguments qu'ils mettent en avant pour justifier cette idée sont cependant discutables. 

 

Une analyse discutable

   Le premier défaut de cet article est qu'il met l'accent sur les coûts d'une sortie de l'euro (coûts que personne ne nie), sans en pointer les avantages, bien signalés par J. Sapir, en terme de baisse du chômage et de réindustrialisation (donc d'enrichissement) du pays.
   Par ailleurs, les auteurs raisonnent comme si une sortie de la France de la monnaie unique ne provoquerait pas la destruction à court terme de celle-ci. Pourtant, la France est un maillon fondamental de l'eurozone, étant donné qu'il s'agit de la deuxième économie du continent et d'un pays qui fait le lien entre les économies du Nord et les économies du Sud. En quittant la zone euro, elle déstabiliserait donc fortement celle-ci. Elle le ferait d'ailleurs d'autant plus que l'avantage qu'offrirait aux entreprises françaises une dévaluation du franc rendrait à court terme insoutenable pour des pays comme l'Italie ou l'Espagne leur maintien dans la monnaie unique, alors même que leurs firmes subiraient fortement la concurrence des entreprises françaises.

Le problème de la dette des entreprises privées

   L'argument central développés par les deux auteurs concernent toutefois la question des dettes des entreprises privées. Ils rappellent en effet le problème que poseraient les dettes que des entreprises françaises ont contractées sur des marchés étrangers et dont le montant, après un retour au franc, resteraient établis dans sa monnaie d'origine (dollar, euro s'il existe encore, etc.). Ces emprunts, du fait de la dévaluation du franc, seraient en effet bien plus coûteux à rembourser et pourraient par conséquent mettre en danger les finances des entreprises en question, si leurs recettes sont réalisées en France (et donc en francs).
   Après avoir mené une étude des bilans de soixante-deux des plus grands groupes français, P.-A. Hyppolite et D. Amiel signalent que ce problème toucherait une grande partie des sociétés financières (dont BNP Paribas et la Société générale) ainsi que des entreprises comme la SNCF ou Orange. Ils chiffrent à 18 milliards d'euros, soit 1 % du PIB actuel, le montant que l’État devrait dépenser pour compenser les difficultés de ces entreprises liées à une dévaluation de 20 %.
   A cela, deux choses peuvent être rétorquées. La première est qu'une intervention de l’État à hauteur de 1 % du PIB du pays ne peut pas être considérée comme étant particulièrement coûteuse si une sortie de la monnaie unique permet par ailleurs de relancer l'économie du pays en la libérant des liens qui la brident. La seconde, sans doute plus cynique, concerne la question du secours aux banques en difficulté. Un énième appel à l'aide des banques serait l'occasion de réaliser ce qui aurait déjà dû être fait en 2008, lorsque l'aide de l'Etat leur avait permis de survivre à la crise : nationaliser une partie d'entre elles, ce qui permettrait par la suite à la puissance publique de disposer des leviers nécessaires pour mener une politique économique ambitieuse.

jeudi 26 février 2015

Petite leçon d'histoire contre les discours apocalyptiques sur la sortie de l'euro

16 septembre 1992, le Royaume-Uni quitte le système de change européen
White Wednesday ou Black Wednesday ?



Par Alex




    Alors que certains pays européens, plus particulièrement certains partis politiques de ces pays, en période de crise, se posent la question de quitter l'euro, retour sur le «
Black Wednesday », jour où le Royaume-Uni a quitté le système de change européen/système monétaire européen. Loin des prophéties d'apocalypse, Bernard Conolly, ancien économiste de la Commission européenne parla de « White Wednesday » et pour cause : loin d'apporter la fin des temps économiques, le White/Black Wednesday déclencha une forte reprise économique au Royaume-Uni alors que l'Union européenne s'enfonçait dans la récession.



La crise britannique du début des années 1990

    Le système monétaire européen ou SME (1979-1993) fut le produit de la volonté des États européens d'éviter l'instabilité monétaire au sein du vieux continent. Toutefois, les marges de fluctuations tolérées entre les monnaies étaient trop faibles (2,25 %) pour refléter la diversité des situations économiques des États membres. Le SME n'a pas pu encaisser le choc de la crise monétaire de 1992-1993, il est alors suspendu de facto alors que les marges de fluctuations sont étendues à 15 %. 
    Depuis l'entrée du Royaume-Uni dans le mécanisme de change européen en octobre 1990, la livre était surévaluée, ce qui nuisait gravement aux exportations du pays. Les investisseurs se détournaient de la livre sterling en anticipation d'une dévaluation inévitable. Le pays était alors obligé d'endurer des taux d’intérêts très élevés afin de respecter les règles européennes et maintenir sa monnaie dans les marges de fluctuation définies par les traités. Les résultats furent dramatiques : la croissance économique passa de 2,6 % en 1989 à -1,8 % en 1991 tandis que le taux de chômage bondissait de 5,8 % en octobre 1990 à 10 % en septembre 1992.
   Mi 1992, la situation économique britannique se dégrade, entre en scène Georges Soros, qui engage massivement son fonds d'investissement Quantum fund dans la spéculation sur la livre sterling. Le gouvernement britannique doit alors choisir : soit il se conforme aux traités européens et doit freiner les sorties de capitaux par une augmentation drastique des taux d’intérêts, ce qui aurait aggravé la récession britannique. Soit il décide de laisser la livre sterling se déprécier en sortant du système monétaire européen. Comme chacun le sait, ce fut la deuxième option qui fut choisie.

Les conséquences positives de la sortie du SME

   La fin de la subordination de l’intérêt économique du pays aux règles européennes eut des effets positifs immédiats. La livre se déprécia de 15 %, tandis que les taux d’intérêt revinrent à des niveaux soutenables, déclenchant un boom des exportations et de l'investissement. La croissance bondit de 0,9  % en 1992 à 3,1 % en 1993 tandis que l'Union européenne s'embourbait dans une récession avec une croissance de -0,1 % du PIB. La croissance économique britannique sera dès lors jusqu'en 2007 quasi systématiquement supérieure à celle de l'Union européenne à quinze. 
   Paradoxalement, ce sont les « spéculateurs » qui ont « délivré » le Royaume-Uni de son aveuglement et lui ont permis de renouer avec la prospérité. Le très keynésien Paul Krugman, « prix Nobel » d’économie 2008 nota lui-même que « pour le Britannique ordinaire, l'attaque de Soros sur la livre sterling engendra principalement des bonnes choses » (The return of depression economics, 1999). Toutefois, coté français et européen on préféra les théories complotistes et l'idéologie aux explications macro-économiques et on continua dans la poursuite de l'unification monétaire. Le chef économiste en charge du SME et de la politique monétaire (Bernard Connolly, déja cité) fut d'ailleurs remercié pour avoir critiqué dans un livre (The Rotten Heart of Europe, 1996) le fonctionnement du SME et la marche à la monnaie unique.


   Les enseignements tirés de l'histoire du SME ne sont pas anodins car, d'une certaine manière, l'euro peut-être vu comme un mécanisme de change européen où les parités ont été irrémédiablement fixées entre les différentes monnaies, toutes dénommées « euro ». Dès lors, il y a de grandes ressemblances dans le fonctionnement des deux systèmes monétaires. Bien sûr, comparaison n'est pas raison, mais l'histoire du White Wednesday nous montre que l'on doit accueillir les prophéties catastrophistes telles que celles décrites dans le documentaire diffusé sur France 5 « Bye Bye l'euro » avec la plus grande prudence.

mercredi 25 février 2015

La lutte du peuple grec pour sa souveraineté ne fait que commencer



La lutte du peuple grec pour sa souveraineté ne fait que commencer


Par Cochin




   De toute part, les commentaires fusent depuis ce week end pour analyser les conséquences de l'accord conclu entre la Grèce et l'Eurogroupe. Capitulation et reniement de Tsipras crient les uns (et Le Monde de le faire avec une délectation obscène), victoire de la Grèce affirment joyeusement les autres. La situation reste pourtant très précaire, car l'accord de vendredi ne fait que repousser à une date prochaine (dans quatre mois) les véritables décisions, si bien que chercher aujourd'hui un vainqueur et un vaincu risque fort d'être une activité assez vaine.
    Mais qui, de toute façon, pouvait sérieusement penser que le gouvernement d'Alexis Tsipras serait capable, en quelques semaines, de renverser totalement à son avantage le rapport de force en Europe alors même que la Grèce se retrouve largement isolée face à ses « partenaires » (le vocabulaire européiste est décidément bien amusant) ? Face à une Allemagne qui a depuis maintenant plusieurs années pris l'habitude de voir les autres pays se coucher piteusement devant ses exigences (notre pays n'a, hélas, que trop souvent montré la voie dans cette soumission), comment un pays aussi petit que la Grèce aurait-il pu l'emporter aussi rapidement ?
   L'accord de vendredi dernier, s'il n'est pas sans défaut, a tout de même un avantage : il donne à Tsipras du temps (quatre mois), pour préparer son pays aux prochaines négociations. Vendredi dernier, il avait à faire avec une situation largement héritée de ses prédécesseurs ; en quatre mois, il aura, s'il le souhaite vraiment, le temps de faire en sorte que son pays puisse véritablement mener un combat avec l'Union européenne.


    Certains diront sans doute qu'il n'y a rien à attendre d'un gouvernement qui, refusant de sortir de la monnaie unique, se prive des moyens de rompre les liens qui enchaînent son pays aux politiques d'austérité. C'est toutefois oublier que la Grèce, du fait même de la précarité de sa situation, n'est pas à l'abri d'un de ces emballements dont l'histoire des révolutions donne de nombreux exemples et qui amènent les hommes à aller bien plus loin qu'ils ne le désiraient à l'origine.
   Alors qu'en juillet 1789 seule une minorité de révolutionnaires pouvaient rêver de l'abolition de la monarchie en France, la République fut bel et bien proclamée seulement trois ans plus tard. Il n'est donc pas impossible que, d'ici quatre mois, la Grèce, poussée par un enchaînement d'événements imprévus, choisisse de détruire la monnaie unique.